On peut vouloir aider quelqu’un…
et finir par penser à sa place.
Dans les métiers de l’humain,
le risque commence souvent avec une bonne intention :
guider l’autre.
On veut l’aider.
Alors on conseille.
On oriente.
On cadre.
On propose une méthode.
Et parfois, sans s’en rendre compte,
on confisque ce que l’on prétend soutenir :
la puissance d’agir de la personne.
La disparition d’Edgar Morin me ramène à une question centrale de ma thèse : qu’est-ce qu’accompagner veut vraiment dire ?
La pensée complexe nous rappelle une chose essentielle :
l’humain ne se réduit jamais à un problème à résoudre.
Des contradictions le traversent.
Des normes l’influencent.
Des peurs le freinent.
Des attentes institutionnelles pèsent sur lui.
Dans ce contexte, accompagner ne peut pas vouloir dire :
« emmener l’autre là où nous pensons qu’il doit aller ».
Cela, c’est du guidage.
Parfois utile.
Parfois nécessaire.
Mais ce n’est pas la même posture.
Accompagner, c’est créer les conditions pour que l’autre puisse :
→ se questionner
→ nommer ses tensions
→ identifier ce qui le détermine
→ reconnaître ses marges de liberté
→ choisir comment agir
Dans ma recherche, cette distinction devient décisive.
Car derrière chaque pratique professionnelle,
il y a une façon de voir l’autre.
Est-il un sujet à soutenir ?
Ou un objet à corriger ?
Un professionnel à faire entrer dans une norme ?
Ou une personne à aider à penser ses propres choix ?
Ma conviction :
certaines pratiques dites « d’accompagnement »
restent en réalité des pratiques de guidage qui ne disent pas leur nom.
Ce n’est pas une accusation.
C’est une invitation à regarder nos postures avec lucidité.
Dans vos pratiques, à quel moment sentez-vous que l’accompagnement bascule vers le guidage ?



